Raul Trincado - ChiliIl remet les jeunes marginaux dans la société
Le problème : même si le Chili a connu une belle croissance économique depuis son retour à la démocratie en 1990, toute la société n’en a pas bénéficié. Selon une enquête, en 2000, 20,6 % de la population étaient pauvres et frappés d’un taux de chômage élevé. Dans ce contexte, près de 300 000 jeunes, non scolarisés et sans travail, adoptaient souvent des comportements à risque - prostitution, drogues, alcool, criminalité - sans compter les grossesses précoces des adolescentes. Culture, modes, langage, comportement en public, ils adoptaient une vie décalée et clandestine, toujours plus autodestructrice. Beaucoup de programmes créés à leur intention reposaient, consciemment ou non, sur le rejet de leurs cultures alternatives ; et eux, ils refusaient ces programmes. La stratégie : pour casser cette défiance mutuelle, Raúl a cherché à intégrer les jeunes marginaux en respectant leurs habitudes et leur diversité. Tour Marginal a été conçue comme une « famille pour les jeunes », avec des programmes et services qui canalisent l’énergie créatrice des groupes. Fondé sur l’écoute et la reconnaissance de ce que les jeunes marginalisés ont à dire, cet espace urbain leur permet de s’exprimer sans peur d’être jugés. Une fois qu’ils ont découvert leur propre potentiel, Tour Marginal leur propose des programmes pour le valoriser : « Tour Escuela » pour apprendre le leadership et la musique (par groupes de 180 jeunes), afin qu’ils puissent animer des projets dans leurs quartiers ; « Tour Empleo » pour des offres d’emploi et de formation (commerce et jardinage, notamment). Le développement : aujourd’hui, l’association travaille avec près de 300 organismes, dans la région métropolitaine de Santiago et d’autres régions du Chili. En tout, ses projets touchent plus de 10 000 jeunes. Elle s’appuie sur une équipe de plus de 40 professionnels (psychologues, éducateurs, conseillers, sociologues et anthropologues), conseille d’autres associations travaillant avec des jeunes et facture des services (une caféteria, un infocentre, des activités culturelles, etc.). Le succès de Tour Marginal influence à la fois les programmes publics et les ONG, qui révisent leurs idées et leurs approches envers les jeunes marginaux. Plusieurs institutions publiques ont adopté les méthodes de Raul. Le conseil national des citoyens pour le renforcement de la société civile, notamment, a élaboré en 2002 un plan triennal pour mesurer l’efficacité de la méthode de Tour Marginal et créer un manuel pour sa mise en oeuvre. Le modèle de Raul s’étend maintenant en Argentine, avec la collaboration de deux Entrepreneurs Sociaux soutenus par Ashoka, Fabián Ferraro et Alfredo Olivera. Des partenariats sont tissés hors d’Amérique latine, en Espagne notamment. Né dans une famille pauvre et envoyé à l’école publique, Raul estime y avoir subi une éducation mal adaptée et inefficace. Il a vu sa sœur, atteinte de défaillance cérébrale grave, mourir dans un abri public parce que sa famille ne pouvait pas payer les soins dont elle avait besoin. Travailler pour les exclus et combattre l’inégalité d’accès aux soins et à l’éducation lui paraît naturel. Il est diplômé de psychologie.
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