Les Jardins de Cocagneou la réinsertion selon Jean-Guy Henkel
L’idée des Jardins de Cocagne est née en 1991, à Besançon. Jean-Guy Henkel travaillait depuis toujours dans le secteur de la réinsertion et avait créé diverses structures. Il se posait des questions sur l’efficacité des (nombreux) systèmes mis en œuvre en France. Comment réinsérer réellement les publics les plus "lourds", ceux à qui on accole souvent l’étiquette d’ "inemployables" parce qu’ils ont passé trop longtemps dans la rue ou en prison ? Le maraîchage paraissait une bonne réponse : faire pousser des légumes, c’est une activité qui a des résultats tangibles et qui est utile. Mais le maraîchage biologique lui parut encore mieux. Le marché du bio démarrait en France et il était porteur de valeurs particulières (préservation de l’environnement et de la santé), qui pouvaient remotiver ces personnes en améliorant leur image d’elles-mêmes. Encore fallait-il, outre les aides publiques propres aux activités d’insertion, assurer des financements pérennes et insérer l’activité dans la vie réelle pour pouvoir travailler sur la durée et avoir plus de chances de résultats. D’où la seconde idée de Jean-Guy Henkel : vendre les légumes à l’extérieur, en bouclant la boucle, c’est-à-dire en trouvant des acheteurs à la fois intéressés par les produits biologiques et par le soutien à des personnes en réinsertion. C’est ainsi que sont nés les "consom-acteurs". Leur adhésion annuelle à l’association leur donne droit à un panier de fruits et légumes biologiques par semaine. Moyennent quoi, on les incite à être des membres actifs de l’association, et à faire du prosélytisme pour attirer d’autres "consom-acteurs". En 1996, il existait déjà 20 Jardins de Cocagne en France. En 1999, ils étaient 45. Le "Réseau Cocagne" a été créé pour qu’ils marchent tous du même pas et dans la même direction. Jean-Guy Henkel, en effet, qui se déplaçait infatigablement pour aider à leur mise en place et à leur montée en puissance, a vite compris qu’il fallait dompter cette "marée". Le risque, sinon, était de voir le concept se diluer rapidement : certains ne voyaient pas pourquoi n’accueillir que les cas sociaux les plus difficiles ; d’autres estimaient que l’aspect insertion pouvait tout simplement être oublié, ou se posaient la question du biologique... Une Charte fut rédigée : toutes les associations gérantes d’un Jardin de Cocagne désireuses de conserver le label ont dû y souscrire ; toutes les nouvelles venues le font aussi. Les statuts stipulent que, outre l’insertion de publics en très grande difficulté, le maraîchage biologique et l’appel à des "consom-acteurs", les Jardins doivent collaborer avec le tissu économique local. Jean-Guy Henkel estime cette dernière clause essentielle pour maintenir les Jardins dans la vie réelle, en obtenant des partenariats fructueux. L’accent est mis notamment sur la qualité, en s’inspirant des pratiques du monde des entreprises. Aujourd’hui, plus de 85 Jardins émaillent le territoire français. Ce qui fait plus de 2500 personnes y travaillant avec un contrat d’insertion. Ces personnes restent au maximum deux ans. A leur sortie, plus de 50 % trouvent soit un travail, soit une formation professionnelle leur convenant et qu’ils ont choisie... L’objectif de 150 Jardins, avec 4 000 personnes en réinsertion, c’est ce qu’envisage le fondateur pour 2006-2007. Le concept de Jardin biologique de réinsertion intéresse d’ailleurs nos voisins européens. Jean-Guy Henkel est appelé en consultation en Belgique et en Italie, notamment - et certains pays francophones d’Afrique. Et le dernier Forum annuel du Réseau Cocagne, fin novembre, avait pour thème l’essaimage en Europe, sur la base d’échanges et de partenariats. Comment réussit-on dans un domaine où se mêlent l’incroyable complexité des questions de réinsertion, les difficultés techniques de la culture biologique et celles d’un mode de commercialisation innovant ? Tout simplement en étant, comme le fondateur des Jardins de Cocagne : opiniâtre, imaginatif, obsédé par les détails, incapable de s’arrêter tant que les choses n’ont pas abouti, infatigable avec, par-dessus tout cela, une formidable dose d’empathie et d’humanisme. Site : www.reseaucocagne.asso.fr
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