Kristin Hayden (USA) : ouvrir les portes du monde aux jeunes des milieux défavorisés

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Seul un petit pourcentage de jeunes américains des milieux privilégiés a la possibilité d’aller suivre un programme d’échanges culturels à l’étranger. Ceux qui le font estiment généralement que cette expérience les a transformés. Choisie en 2005 par Ashoka, Kristin Hayden veut permettre à un beaucoup plus grand nombre de jeunes américains d’avoir cette possibilité, notamment parmi les familles défavorisées (minorités, quartiers pauvres). Son objectif : préparer des leaders aux idées largement ouvertes sur le monde, désireux de renforcer la coopération des américains avec les autres pays, et permettre aux Etats-Unis de vivre en meilleure harmonie avec le reste de la planète.

Son idée. Des programmes extra-scolaires, préparant les jeunes à réussir leur vie au 21ème siècle, sont offerts en priorité aux élèves des familles pauvres et/ou issus des minorités qui n’ont en général pas la possibilité de profiter de programmes de ce type. Kristin Hayden se focalise pour l’instant sur 2 grandes zones du monde qu’elle estime essentielles pour l’avenir, la Chine et le Moyen-Orient. One World Now, son association, propose aux jeunes : l’apprentissage du Chinois ou de l’Arabe - langues rarement enseignées dans les écoles publiques américaines -, des formations au leadership, ainsi que la possibilité de comprendre et d’expérimenter la civilisation correspondante en se rendant dans un pays concerné.

Pour Kristin, conjuguer la pratique d’une langue difficile et l’apprentissage du leadership permet aux élèves de renforcer leur confiance en soi, d’élargir leurs idées sur le monde et d’acquérir des compétences négociables sur le marché du travail. C’est aussi une manière de donner des ambitions à ces jeunes - ainsi qu’à leurs professeurs et leurs proches - et de leur faire découvrir qu’ils peuvent viser des études universitaires et une carrière intéressante. En outre, raisonne-t-elle, ils apporteront en retour à leur entourage (famille, amis, quartier ...) une ouverture appréciable sur le monde.

Le problème. Alors qu’un poste sur 6, aux Etats-Unis, est lié au commerce international, seul un petit nombre d’américains parle une langue étrangère et/ou a une certaine compréhension des autres cultures. Apprendre une langue n’est pas obligatoire pour un jeune américain et, en tout état de cause, il ne peut commencer à le faire qu’en entrant au collège - apprendre deux langues étrangères apparaît outre-Atlantique comme une prouesse rare. Il n’est donc pas étonnant que les américains dans leur ensemble s’intéressent peu à ce qui se passe hors de leurs frontières (sait-on que seulement 20 % des membres du Congrès ont un passeport ?) ; pas étonnant non plus que les minorités et les pauvres soient sous-représentés dans les études en relation avec l’international. Au lieu d’y voir une fatalité, Kristin Hayden voit là un potentiel sous-exploité, dont la mise en valeur ne peut qu’être bénéfique à la société.

La mise en œuvre. Lancé en 2002, le programme One World Now (OWN ) dure deux ans. Il est proposé dans cinq lycées publics de Seattle, après les heures de classe : 2 cours de langue (Chinois ou Arabe) par semaine et une session de préparation au leadership le vendredi. Le travail se fait en petits groupes, dirigés par des jeunes adultes qui ont eux-mêmes une perspective internationale et servent de mentors.

Au départ, le programme OWN a surtout attiré des jeunes immigrés, mais Kristin Hayden, qui désirait beaucoup toucher les minorités américaines (notamment les jeunes noirs), a recruté des personnes de ces minorités pour assurer les cours et le travail au sein de l’association.

A la fin de leur première année, les élèves soit vont à l’étranger, soit participent à un camp d’immersion dans la langue qu’ils apprennent. One World Now a deux partenariats : AMIDEAST pour les séjours au Maroc, et le Pacific Village Institute pour la Chine. Le séjour dure 3 à 4 semaines et les élèves sont appelés à s’engager dans différents projets de développement local et des actions de leadership. Ils vivent en général dans une famille. Interviewés avant et après leur voyage, ils font preuve d’une évolution significative vers plus de tolérance, d’ouverture d’esprit et de confiance en eux-mêmes et en leur avenir.

En seconde année, les élèves deviennent mentors pour les "première année" et doivent choisir entre un stage dans une ONG internationale ou continuer les cours de langue.

L’impact. Avant de suivre le programme OWN, la plupart des élèves n’étaient pas sensés faire des études supérieures, mais plutôt une formation technique en deux ans. L’association, soutenue par la Gates Foundation, les aide à changer d’avis et à préparer leur dossier d’admission dans une université. Quant aux universités américaines, elles commencent à reconnaître la participation à ce programme comme un "plus". Au départ dans un lycée, le programme est aujourd’hui accueilli dans cinq, et comme sa valeur est désormais reconnue, Kristin Hayden a obtenu qu’il donne à ses élèves des points supplémentaires pour leur examen de fin d’études secondaires.

En matière de ressources, Kristin a trouvé des partenaires tels que l’Institute for International Public Policy et le United Negro College Fund (qui soutient des jeunes noirs pour qu’ils atteignent des carrières internationales), ainsi que l’Université de Washington.

Le Conseil d’Admnistration de l’association et sa fondatrice ont toujours envisagé l’avenir de One World Now comme national, voire international. En cela, ils peuvent compter sur l’aide de la Gates Foundation et du réseau d’écoles qu’elle est entrain de mettre en place dans le monde. OWN a déjà reçu plusieurs prix, 100 000 $ de la Freeman Foundation, 150 000 $ pour le prix de l’innovation en faveur des étudiants pauvres de la JK Cooke Foundation, ainsi qu’une subvention de l’Etat fédéral de 450 000 $ sur deux ans. Kristin s’efforce aujourd’hui d’obtenir une aide à long terme du Ministère de l’Education.


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