Jacob Schramm (USA)Permettre aux jeunes des minorités d’accéder aux études supérieures
C’est à la fin des années 1980 que, étudiant en théologie à Harvard, Jacob Schramm prend conscience d’une "faille dans le marché" de l’enseignement supérieur aux Etats-Unis. Pour financer ses études, il a pris un boulot de conseiller pédagogique à l’université. Chargé d’éplucher les dossiers de candidature, il constate que bien peu de candidats viennent de quartiers "sensibles". Les universités américaines ont des "radars" assez efficaces pour repérer les "stars" dans la majorité des lycées. C’est-à-dire les premiers de la classe. En revanche, seules les écoles des quartiers aisés ou intermédiaires se donnent du mal pour pousser leurs élèves moyens vers l’université. Dans les quartiers pauvres, en outre, les familles - qui n’ont généralement pas fait d’études supérieures - et les jeunes eux-mêmes ne croient pas à la possibilité d’intégrer une fac. Résultat : des dossiers incomplets, mal faits et, erreur fatale aux USA, ne mettant pas le candidat en valeur pour ses qualités spécifiques. "Le talent est là, souligne Schramm, mais le système ne le voit pas" ! En 1991, devenu directeur d’un centre associatif pour adolescents dans une cité HLM, Jacob Schramm crée un programme de tutorat pour aider les lycéens à faire leurs devoirs. C’est là qu’il confirme son intuition sur la "fracture universitaire" et la nécessité d’épauler les élèves moyens des quartiers défavorisés, afin d’assurer une meilleure égalité des chances et de permettre au pays de ne pas continuer à gâcher des potentiels. Le déclic se fait en 1993, lorsque 4 jeunes lui demandent de les aider à entrer à l’université. Malgré leurs notes sans éclat, il sait qu’ils ont des talents. Il pense aussitôt à l’un de ses amis, grand styliste et professeur spécialisé dans la rédaction, qui va montrer aux candidats comment réaliser un essai bien tourné. Mais aussi comment utiliser efficacement le matériau dont ils disposent, leur histoire personnelle, pour mettre en valeur leurs qualités. Schramm fait également appel à une de ses connaissances, une femme qui sait motiver les jeunes : elle va diriger des séances de discussion où ils apprendront à défendre leur point de vue et leur projet. Les 4, finalement, intègreront un établissement d’enseignement supérieur. College Summit est lancé en 1995. Depuis, Jacob Schramm a vu défiler plus de 6000 candidats, dont 79 % ont été accueillis dans une université. Mais il a aussi rallié autour de lui des professeurs, des professionnels du monde des affaires, des responsables de collèges et de lycées, des responsables d’universités, des anciens élèves passés par College Summit... Et monté des partenariats avec des universités et des lycées. Il a aussi créé un complément : le "programme de terminale", qui s’étend sur toute l’année et est mis en oeuvre par les professeurs des lycées. En 2000, Schramm a été l’un des tout premiers Entrepreneurs Sociaux soutenus par Ashoka lorsque l’association a lancé son programme en Amérique du Nord. En 2002, College Summit a franchi une nouvelle étape en proposant des partenariats aux municipalités afin d’améliorer le soutien apporté aux lycéens pour s’iscrire à l’université. Aujourd’hui, 15 % du budget de College Summit proviennent de contrats de prestation passés avec des lycées et universités, et Jacob Schramm pense que ce pourcentage peut tripler. Il est surtout persuadé qu’en facilitant l’accès à l’enseignement supérieur des jeunes des milieux défavorisés, on peut non seulement remotiver les élèves et les professeurs des lycées peu cotés, mais permettre des changements positifs dans les quartiers pauvres. Car, si un certain nombre de jeunes sont mis sur les rails, c’est toute la dynamique du quartier qui change !
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