Andreas Heinecke (Allemagne)Il veut nous aider tous à surmonter préjugés et manque d’ouverture aux autres
La plate-forme la plus connue d’Andréas se nomme "Dialogue dans le noir" ; elle met les participants en situation de cécité et leur offre de se faire guider par des non-voyants. Une idée qui a notamment inspiré le restaurant « Dans le noir », à Paris. Instaurer de nouveaux rapports valides/handicapés L’interaction valides-handicapés est souvent biaisée par des craintes et/ou des préjugés. Selon les pays, le handicap est plus ou moins bien appréhendé et ceux qui en souffrent plus ou moins bien soutenus et acceptés. En Allemagne, où Andreas a lancé son activité, le gouvernement s’occupe assez bien des besoins physiques des personnes concernées : écoles pour non voyants et nombreux programmes spécifiques. Cependant, seuls quelque 15 % des handicapés ont un emploi. Beaucoup de lieux offrent un accès pour fauteuils roulants, mais souvent peu pratique. Dans les bus, des places sont aménagées pour ces fauteuils, en revanche 25% des stations de métro ne sont pas accessibles. Et, même si les pouvoirs publics font des efforts d’intégration, l’inconfort que beaucoup de « valides » ressentent au sujet des aveugles et autres handicapés les pousse à une « stratégie d’évitement » qui entraîne discrimination et marginalisation. En proposant des lieux d’expérience où c’est notamment le handicapé qui guide le non-handicapé, Andreas veut favoriser la compréhension grâce à des interactions permettant de surmonter les réactions instinctives. Depuis son lancement, à Francfort en 1988, « Dialogue dans le noir » a voyagé dans 17 pays et permis à plus de 4 millions de personnes de vivre l’expérience d’être aveugle. Placés en déséquilibre par rapport à leurs références habituelles, les visiteurs constatent quelles limitations cela engendre et peuvent recourir à l’aide d’un non-voyant. Andreas Heinecke mène par ailleurs des formations dans des écoles et des entreprises (particulièrement pour les responsables des ressources humaines et les dirigeants). Ce qu’il essaye, c’est à la fois de changer la manière dont les personnes « normales » pensent et se positionnent par rapport à « l’autre » ; et d’augmenter la diversité dans les entreprises. L’accent n’est jamais mis sur le problème qu’ils posent, mais sur les compétences que les non-voyants doivent développer pour vivre dans un monde adapté aux voyants et sur ce que nous pouvons apprendre d’eux. Les responsables RH trouvent notamment très utile d’apprendre "dans le noir" comment mener des entretiens téléphoniques avec des candidats. Permettre aux handicapés d’accéder à l’emploi Les lieux accueillant les expositions d’Andreas sont gérés par des non-voyants, des malvoyants, et des personnes souffrant d’autres handicaps (trisomie 21, par exemple). Où qu’il aille, Andreas met en valeur leurs qualités et ne les présente jamais comme des gens à plaindre. Dans son organisation, les membres du personnel sont souvent non seulement handicapés, mais également issus de milieux défavorisés. Beaucoup n’ont aucun diplôme ou un CV inexistant. Le travail qu’ils effectuent dans le cadre de « Dialogue dans le noir » est, pour beaucoup, leur premier emploi. Ils y apprennent la ponctualité, et des compétences en gestion, en communication, etc. En prenant des responsabilités, certains se découvrent des qualités de manager. « Dialogue dans le noir » a obtenu le statut de centre de formation et déjà permis à plus de 4000 non-voyants de milieux défavorisés de découvrir et prouver leurs compétences. Coopérant localement avec les élus et les forces économiques, l’association vise également à créer, pour son personnel, des emplois permanents sur le marché du travail « classique ». Grâce à elle, les employeurs potentiels constatent qu’un handicapé peut être une véritable plus-value pour son entreprise. 40% des handicapés que « Dialogue dans le noir » a embauchés ont trouvé un travail dans le secteur privé moins d’un an et demi plus tard. « Scènes de Silence », à la Cité des Sciences (Paris) Fin 2003, Andreas Heinecke a créé à Paris sa deuxième plate-forme, « Scènes de silence », accueillie par la Cité des Sciences de La Villette du 9 décembre 2003 au 14 mars 2004. Au lieu de non-voyants, ce sont des personnes sourdes-muettes qui jouent le rôle de guides dans un monde entièrement silencieux. Il fourmille d’autres projets, par exemple, permettre de faire l’expérience de la vieillesse. Plus largement, il voudrait créer dans le monde entier des « Centres de nature humaine », donnant la possibilité d’aborder le monde avec une nouvelle perspective.
|
|